Ils rêvaient de conquérir la scène américaine avec leur musique unique et personnelle. Mais derrière ce rêve, se cachait un destin plus sombre.
Il n’est pas toujours évident pour les artistes francophones de se faire une place dans l’industrie musicale internationale. La barrière de la langue, ou parfois même culturelle, les empêche d’évoluer tel qu’ils pourraient. Certains parviennent tout de même à devenir des références de la musique française en dehors du pays. Et un groupe est parvenu à faire son chemin : Her.
C’est sur les bancs du lycée Emile Zola de Rennes que l’histoire de Her débute. Et dès le départ, c’est une rencontre entre différentes cultures, influences et une seule et même passion. Victor Solf est parti pendant un an en Allemagne pour ses études. Simon Carpentier, lui, s’est exilé aux Etats-Unis, entre Chicago et Détroit plus précisément. Avant ça, ils ont tous les deux fait le conservatoire et sont passionnés par différents styles de musique : jazz, blues, electro…
La première collaboration entre Victor et Simon se fait dans le groupe du lycée, The Popopopops. Ce groupe d’electro rock, créé en 2007, va permettre aux deux jeunes artistes de se faire repérer et de commencer leur ascension musicale. Participation à des festivals comme Les Rencontres Trans Musicales, première partie de concerts mais aussi, et surtout, des sorties. Le groupe va publier deux EP, A Quick Remedy en 2012 et Cross The Line en 2013, et un album, Swell la même année, qui marque la dernière collaboration de The Popopopops.
C’est à partir de cette année-là que Victor et Simon vont commencer à monter leur propre projet, souhaitant réaliser une musique qui leur ressemble. Les deux artistes vont alors ouvrir leur propre label, Fam Records, pour être libre de créer leur univers. Et au centre de celui-ci, une femme. Le duo décide de s’appeler Her, elle en français. La femme, et la féminité, deviennent alors la muse du groupe, comme un troisième membre qui va rythmer les compositions, les paroles et les clips.
Le groupe se lance alors dans une musique parfois difficile à qualifier. Pop sensuelle, electro, soul… les deux artistes mélangent les genres pour créer des titres uniques. Ils décident de se plonger dans la culture américaine pour leur musique, avec cette idée de toujours se dépasser et tester de nouvelles choses. Et ils se créent un style tout aussi unique, qui correspond à Her : au revoir la streetwear, bonjour des costumes parfaitement taillés qui vont donner à Victor et Simon un style dandy sophistiqué.
En 2015, Her sort enfin son premier morceau : Quite Like. Un titre audacieux et sensuel qui permet au groupe de se faire un nom immédiatement. Ce qui joue avec la sortie du single, c’est le mystère qui entoure le groupe. A ce moment précis, seule la pochette de la chanson, qui représente une femme à nue, tourne sur les réseaux. Les gens s’interrogent alors sur l’identité du chanteur, ou même de la chanteuse pour certains.
Mais ce qui permet au groupe de véritablement se faire connaitre, c’est son second single, Five Minutes, issu de l’EP Her Tape #1 sorti en 2016. Si le titre est enivrant et addictif par ses accords, c’est surtout son utilisation dans un pub Apple qui va faire exploser la popularité du groupe. Tout le monde s’intéresse alors à ce phénomène porté par deux frenchies et qui touche toute l’Amérique. Nombreuses sont les stars à montrer leur admiration pour le groupe, comme Pharell Williams ou The Weeknd.
Le groupe continue de faire vivre cet imaginaire de l’amour et de la sexualité, chacun avec sa propre vision. Victor est marié et écrit sur ses sentiments, cette vision de l’amour en tant qu’union. Quant à Simon, il a plutôt un regard séducteur sur les femmes et sur les relations possibles en tant que célibataire. Et ils n’hésitent pas à remettre les paroles des femmes au cœur de leur titre, comme au début d’Intro dans lequel on peut entendre Emma Watson
En 2017, Her publie son second EP Her Tape #2. Un EP qui contient des titres dans cette même sensibilité séductrice et sensuelle, comme Blossom Roses. Et le groupe continue de travailler sur de nouvelles musiques, avec des titres qui parlent à toute une génération révoltée et en quête d’identité. Mais derrière les belles musiques se cache une terrible vérité : Simon Carpentier est malade.
Le jeune homme est atteint d’un cancer contre lequel il se bat depuis plusieurs années. Et pendant toutes ces années, il va donner son maximum pour faire vivre la musique de Her. En juillet 2017, l’artiste poste un message sur Facebook pour parler de sa santé et notamment expliquer aux fans ses absences sur les vidéos du groupe et pendant les concerts. Mais un mois plus tard, le 13 août, un nouveau post annonce le décès prématuré de Simon. Il avait 27 ans et laisse derrière lui son acolyte de toujours.
Malgré tout, Victor se bat et permet au groupe de sortir en 2018 son tout premier album, sobrement intitulé Her. Un hommage à Simon et à l’artiste qu’il était. Au travail qu’ils ont accompli ensemble pendant toutes ces années. S’il contient quelques titres très marquants, comme Swim, qui se veut plutôt pessimiste, l’album est surtout une ode à la vie de Simon. On retrouve Trying, sa dernière session studio, ou le magnifique Icarus, écrit par Victor après la disparition de son ami.
Victor part alors en tournée pour défendre cet album, comme un dernier hommage à son ami d’enfance. Une tournée internationale qui se conclut au Zenith de Paris le 2 février 2019. Ce jour-là, Her tire sa révérence. Restant à jamais un duo entre deux amis d’enfance qui rêvaient de conquérir l’Amérique avec leur musique et qui ont réussi leur pari.
